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ASCENSION 2026 : homélie de Dom Olivier Quenardel, ancien Supérieur de Citeaux - 30e anniversaire des Martyrs d'Algérie et mémoire des martyrs cisterciens.


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   Si le Temps Pascal se réduisait à un seul jour de fête, le Jour de Pâques, on s’en apercevrait à peine ! Pourtant, on ne se trompe pas en disant que le Temps Pascal se réduit à un seul jour de fête : c’est le Jour que fit le Seigneur, Jour d’allégresse et Jour de joie, mais il dure cinquante jours, car c’est une figure de l’éternité qui culmine avec la grande solennité de la Pentecôte. Entre les deux, entre Pâques et Pentecôte, il y a la grande fête d’aujourd’hui : l’Ascension du Seigneur qui marque la fin de ses apparitions après sa résurrection, son élévation à la droite de Dieu dans la gloire du Ciel, et le nouveau mode de sa présence au milieu des croyants.

   Pâques, c’est la pierre roulée, c’est le tombeau vide, c’est la victoire du Prince de la Vie sur la mort, sa manifestation à tous ceux qui croient. Christ est ressuscité, alléluia ! L’Ascension, quarante jours après Pâques, c’est la porte du Ciel qui s’ouvre : « Portes, levez vos frontons ! Qu’il entre, le Roi de gloire ! Qui est ce Roi de gloire ? C’est le Seigneur, le vaillant des combats ! »

   On se souvient que Jésus avait dit à Marie-Madeleine, le jour de Pâques : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ! » Aujourd’hui, dans l’élan de sa Résurrection, il s’élance au plus haut des cieux, il nous ouvre les portes du Royaume, est exalté dans la gloire de son Père, acclamé par les anges et les saints, et c’est là que nous le suivons en espérance. Autant Pâques réclame de nous les yeux de la foi, autant l’Ascension exige de nous la longue vue de l’espérance. L’Ascension est peut-être le jour le plus fort de toute l’année liturgique où l’Église est en tension vers le Ciel, là où le Christ nous prépare une place, à chacun, et là où nous vivons déjà en espérance.

   Alors, chers frères et sœurs, ne laissons pas passer ce jour sans nous demander où nous en sommes dans notre désir du Ciel. Mais rassurez-vous, pour nous encourager à désirer le Ciel, je ne vais pas me lancer dans une réflexion sur « l’aide à mourir ». Ce sera au contraire une réflexion sur un immense désir de vivre, et même de vivre « sur la terre comme au ciel ».

   D’abord, c’est important de bien comprendre la parole des anges aux Apôtres : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » Cette parole n’est certainement pas un reproche qui nous est adressé si nous sommes enflammés d’un grand désir d’être pour toujours avec le Christ. Les anges nous reprocheront plutôt de ne pas pouvoir décrocher des choses de la terre, des soucis du monde d’en bas, et de si peu nous soucier des affaires du monde d’en haut, des affaires de notre Père du Ciel, là où se trouve le Christ, à la droite de Dieu.

   Tout à l’heure, quand nous allons entrer dans le grand moment de l’eucharistie, le prêtre va dire : « Élevons notre cœur ! ». Et nous répondrons : « Nous le tournons vers le Seigneur ! » L’Ascension nous emporte au plus haut des cieux, non pas en rêve, non pas en nous désintéressant du monde d’ici-bas, mais en nous plantant, en nous enracinant dans le monde d’en haut qui est la patrie de tous les baptisés, la cité de tous ceux qui sont renés de l’eau et de l’Esprit.

   Pourquoi sommes-nous si suspendus aux affaires de ce monde et si peu à celles du monde d’en haut, là où sont nos racines, alors que nous savons bien que les affaires de ce monde génèrent la plupart du temps un cortège d’inquiétude, de tristesse, des larmes, des tragédies, la guerre, etc. Nous qui sommes chrétiens, avons-nous donc plus de raisons de nous inquiéter que de nous réjouir ? Préférons-nous nous affoler plutôt que nous assagir ? Avons-nous le droit de laisser la panique l’emporter sur la Paix ? Qui a vaincu le monde : le géant du Mensonge ou le Prince de la Paix ?

   Le week-end dernier, à Cîteaux, nous avons profité du 30e anniversaire des martyrs de Tibhirine pour faire mémoire des martyrs cisterciens. C’est une longue histoire et une belle histoire, qu’il ne faut pas isoler de l’histoire de l’Église et de tous ces témoins, hommes et femmes qui ont donné leur vie jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’extrême de l’amour, et qui sont devenus les témoins de l’espérance. Croyez-vous que nos frères de Consolation en Chine, nos frères de Casamari en Italie, nos frères de Viaceli en Espagne, nos frères cisterciens de Suède, de Grande-Bretagne, d’Écosse, d’Irlande, de Tibhirine… seraient allés jusqu’à l’extrême de l’amour s’ils n’avaient pas entretenu au plus profond d’eux-mêmes le désir du Ciel ? Un désir qui ne les a pas empêchés d’être présents activement à leur temps et à leurs voisins les plus proches. Pas question pour eux de s’évader dans un ailleurs de rêve, où la chair et le sang n’ont plus de consistance. Pas question pour nos frères de Tibhirine de quitter un pays marqué du feu de la douleur. Pas question pour tous ces martyrs de déserter le champ de bataille de l’humanité. Qu’il n’en soit donc pas question non plus pour nous ! On n’entre pas au Ciel tout seul. On y entre avec le Christ, le Seigneur, le vaillant des combats. Et on y entre avec son Corps qui est l’Église. C’est elle aujourd’hui qui s’entend dire : « Siège à ma droite, alléluia ! Tes ennemis, j’en ferai ton marchepied, alléluia ! On veut t’aider à mourir. Eh bien moi, je vais t’aider à vivre. Moi, qui suis la Résurrection et la Vie, je t’aiderai à vivre sur la terre comme au Ciel ! »