Accéder au contenu principal

Frère Christian

Frère Luc

Frère Christophe

Frère Michel

Frère Bruno

Frère Célestin

Frère Paul

8 mai 2026 - Notre Dame de Paris - 30 ans du décès des Moines de Tibhirine - Homélie de Mgr Vesco, cardinal-archevêque d'Alger


Chers frères et sœurs,

Lorsqu'il a fallu préparer la célébration de la béatification de Mgr Pierre Claverie et ses dix-huit compagnes et compagnons martyrs, dont les sept moines de Tibhirine, il nous a fallu décider d'une date pour la célébration de la mémoire liturgique. Celle qui convenait le mieux était ce 8 mai, jour de l'assassinat du frère Henri Vergès et de la sœur Paule - Hélène dans notre bibliothèque Ben Cheneb de la Casbah, le 8 mai 1994. C'était le premier assassinat d'une interminable série. Plus tard, nous réaliserons que le 8 mai était aussi l'anniversaire de naissance de Pierre Claverie et nous verrons dans cette bienheureuse coïncidence une confirmation du bien-fondé de notre choix.

Cette confirmation fut d'autant plus providentielle à nos yeux que le 8 mai est entaché en Algérie du souvenir de la mort de milliers de personnes à Sétif le 8 mai 1945 et les jours suivants, et aussi à Guelma et Kherrata. Conscients de la part d'ambiguïté que pouvait susciter notre choix, nous l'avons pourtant résolument maintenu. Nullement par désintérêt du drame de Sétif, ni encore moins par provocation. Nous avons maintenu ce choix car il nous a semblé que cette mémoire des bienheureux martyrs d'Algérie pouvait être comme une antidote symbolique au poison des massacres du 8 mai 1945. Le sens ultime du témoignage des dix-neuf bienheureux est en effet celui d'une fraternité au goût d'amitié qui interdit de déserter lorsque le danger est là, pour tous, chrétiens et musulmans. Une fraternité à la vie à la mort.

Or précisément le drame du 8 mai 1945 à Sétif, au moment où partout en France on célébrait dans la liesse la libération du pays, a sans doute beaucoup à voir avec une fraternité trompée, foulée aux pieds. La guerre de 1939-45 à laquelle ont pris part des contingents entiers de soldats venus de la terre d'Algérie a noué une fraternité d’armes qui est sans doute la fraternité humaine la plus forte qui soi. Après avoir combattu ensemble sous la mitraille au Monte Cassino et ailleurs, le cours de la vie ne pouvait plus reprendre comme avant. D’une certaine manière, la libération de la France a sonné le glas de l'époque coloniale, elle a consacré le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes, elle a inexorablement ouvert la voie des indépendances et nous n'avons pas su, pas pu, le voir ni le comprendre. Le cours de l'histoire aurait pu en être changé, en Algérie et ailleurs en Afrique.

Le témoignage des dix-neuf bienheureux, une cinquantaine d'années après vient à sa manière rétablir le sens et la valeur de cette fraternité d’armes, au moyen des seules armes de la fidélité à l'engagement pris, de l'amour fraternel reçu de leurs amis et voisins musulmans et rendu au prix de leur vie.

Trente ans plus tard, ce témoignage n’a rien perdu de sa brûlante actualité. Plus que jamais, affirmer la possibilité d’une fraternité plus forte que nos différences de culture et de religions, plus forte que les blessures de l'histoire, une fraternité inscrite sur le fronton de nos mairies, et inscrite au cœur du message évangélique est une urgence et un devoir. C’est cela le message pour aujourd'hui des bienheureux martyrs d'Algérie, pas autre chose. Ce message n’est pas seulement d'actualité. Il est de toujours à toujours.

En terminant, je dois à la vérité de dire que les paroles que je viens de prononcer ne sont pas de ma seule initiative. Elles ont été portées par une réflexion commune avec Hubert de Chergé, le frère de Christian. Hubert va plus loin et porte le projet de faire de ce 8 mai une journée internationale pour toutes les victimes de toutes les guerres.

Amen